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1.Secteur public : une vision française et européenne de la blockchain

1.1. La blockchain : du Bitcoin à une technologie au service des usagers du service public

Internet a radicalement transformé l’accès à l’information et son échange et il joue un rôle fondamental dans la société et l’économie actuelles. Il était pourtant difficile d’imaginer l’ensemble des services offerts aujourd’hui lors de l’introduction des premiers outils nécessaires à sa démocratisation il y a trente ans.

La blockchain, depuis la publication du livre blanc du bitcoin en tant que premier actif numérique, a considérablement élargi en une dizaine d’années la palette de ses domaines d’application et de ses cas d’usage potentiels ; elle pourrait jouer, sous différentes formes, un rôle comparable à celui d’Internet dans un domaine que celui-ci ne couvre pas : la transaction informatique et juridique de confiance.

En effet, si Internet est le véhicule privilégié de l’échange de toutes les formes numérisées de l’information, il n’est pas le garant, en tant qu’infrastructure réseau, de son unicité ou de son fonctionnement.

Considérons l’exemple d’un service numérique tel qu’un logiciel. Libre, il peut être dupliqué gratuitement à l’infini et Internet va nous permettre d’y accéder très simplement. Mais s’il est soumis à une licence que nous voulons acquérir, la transaction va nécessiter, outre l’intervention d’un tiers de confiance (par exemple le GIE Visa), une « délégation » de notre confiance vis-à-vis du fournisseur (l’éditeur de logiciel qui gère les droits de licence selon ses propres règles techniques auxquelles nous n’avons pas accès). Il nous sera donc impossible d’en céder la propriété ou une licence à un tiers, contrairement à l’exemplaire d’un livre par exemple, acquis une fois pour toutes.

C’est à cette problématique que les technologies blockchain répondent : autoriser les échanges fiables de pair à pair, sans passer par un organe de contrôle unique et centralisé, en assurant le processus vérifiable et permanent d’enregistrement des transactions et de suivi des actifs numériques. Ceci est réalisé sur la base d’une infrastructure décentralisée et en s’appuyant sur un registre partagé et distribué sur les nœuds (terme technique pour définir un ordinateur, un serveur) du réseau, chaque nœud possédant une copie intégrale du registre.

La blockchain est une infrastructure décentralisée enregistrant des transactions horodatées, représentant un changement d’état sur un actif numérique. L’enchaînement de ces transactions constitue le registre partagé.

Le mot transaction doit être pris ici dans son acception large, ne se réduisant pas à l’échange d’un actif numérique (digital asset) mais couvrant aussi ses changements d’état (événement, fait, acte). Dans l’administration, c’est par exemple un dossier qui va changer de « propriétaire » au sens de responsable, au fur et à mesure de son avancement entre différentes entités impliquées dans son traitement global.

La blockchain, infrastructure centrée autour de la notion d’actif numérique, en assure la traçabilité à partir de sa création et tout au long de son cycle de vie en l’accompagnant dans le temps. Ceci va s’articuler en particulier au travers d’échanges sécurisés que l’on retrouve au cœur des relations et des processus entre les différents acteurs de l’écosystème du secteur public : de l’usager à l’administration en passant par une série d’organismes, de sociétés ou d’intervenants du monde public, semi-public ou privé.

En plus de l’enregistrement d’une transaction sans tiers de confiance, les technologies blockchain ont vu apparaître la capacité, avec la création d’Ethereum en 2015, d’automatiser des processus, là encore sans nécessité d’une intermédiation humaine. Ceci se fait par le biais de contrats dits “intelligents” (smart-contracts), programmes informatiques s’exécutant sur la base de logique métier et s’intègre comme composante supportée par une blockchain.

Schématiquement, l’environnement nécessaire à la mise en place d’une blockchain peut s’apparenter à une structure en 4 couches :

  • La couche 1 représente les protocoles d’échange d’information et de consensus de validation des transactions qui transitent sur la blockchain et qui sont historisées dans le registre partagé. Cette couche s’appuie exclusivement sur des logiciels en open source pour des raisons de sécurité et de confiance dans l’infrastructure.
  • La couche 2 porte le déploiement de l’infrastructure et du réseau qui sous-tend l’ensemble des nœuds, c’est-à-dire des participants actifs de la blockchain.
  • La couche 3 correspond à la couche applicative elle-même constituée des contrats intelligents (smart-contracts) représentant les règles métiers et des applications destinées à l’utilisateur final.
  • La couche 4 symbolise l’intégration de la blockchain dans un existant : les autres applications et les sources de données du système d’information.

La blockchain est donc clairement une infrastructure décentralisée et non pas une application, une plateforme ou un site web « traditionnelle » : les couches 1 et 2 déterminent les caractéristiques de l’écosystème et de la gouvernance de la blockchain en tant que telle, tandis que les couches 3 et 4 représentent les spécificités de la réponse aux besoins métier dans l’environnement propre.

Toutes les blockchains vont présenter des caractéristiques communes et uniques :

  • Consensus : sur les méthodes et donc les inscriptions du registre : l’algorithme correspondant assure que les règles du protocole soient respectées et que toutes les transactions aient lieu de manière fiable, ce qui induit que l’ensemble des acteurs possède en temps réel une vision commune et transparente.
  • Immutabilité : une transaction ou un événement enregistré dans la blockchain est daté, historisé et ne peut plus être modifié ou supprimé.
  • Irrévocabilité : une transaction respectant les règles métiers et validée selon les règles du consensus ne peut être annulée.
  • Provenance : tout actif géré par la blockchain est tracé de manière transparente et son historique est visible pour les acteurs ayant les droits.

Comme le formule Antony Lewis, directeur de la recherche chez R3, “Quand les gens disent que les blockchains sont immuables, cela ne veut pas dire que les données ne peuvent pas être modifiées, ils veulent dire qu’il est extrêmement difficile de changer leurs états sans collusion ou actions frauduleuse, et si vous essayez, il sera extrêmement facile de détecter la tentative”.

Catégorisation des blockchains

En simplifiant, deux grands types de blockchain existent. Pour un participant, elles vont se différencier par l’autorisation d’accès (totalement libre ou administré) et le type d’action (écriture et/ou lecture simple) qu’il peut réaliser.

A) Les blockchains sans permission dites « publiques »

Elles​ sont nées avec le bitcoin. Leur développement est open source, et tout leur contenu (informations et transactions) est public. Elles sont accessibles à tous, ne nécessitent aucune autorisation d’accès et chacun peut y réaliser des transactions. Les participants n’y sont donc pas identifiés et utilisent des pseudonymes. Ces réseaux rémunèrent la participation des entités chargées de la validation des transactions du réseau par un système de jeton (token).

Dans les faits, ce type de blockchain s’appuie pour les couches 1 et 2, sur des fondations externes assurant le bon fonctionnement du protocole, le développement de l’écosystème et les modalités de gouvernance. Citons par exemple : Fondation Ethereum, Tezos …

Les jetons (ou tokens) constituent une crypto-monnaie ou un actif numérique, pouvant être acheté ou vendu sur une plateforme d’échanges. Ainsi, le bitcoin est le jeton de la blockchain Bitcoin et l’ether celui de la blockchain Ethereum.

Il faut souligner ici que le qualificatif de « public » n’a aucun lien avec la notion de secteur public, puisqu’au contraire l’essence même de ce type de blockchain repose sur une décentralisation totale et sur l’absence de tout organe de contrôle.

Lors d’une transaction sur le réseau (Bitcoin, Ethereum, Tezos …) l’échange « monétaire » se réalise en toute sécurité et en toute confiance entre inconnus, sans système bancaire, car la validation de la transaction est liée à un algorithme de consensus, qui dans la majorité des cas est soit la « preuve de travail »
soit la « preuve d’enjeu».

Dans le cas de Bitcoin par exemple, l’algorithme de consensus est la « preuve de travail ». C’est celui-ci qui est à l’origine du coût énergétique engendré sur Bitcoin.

Il est cependant important de rappeler que ce type de mécanisme de validation a été choisi par les premiers réseaux comme Bitcoin ou Ethereum pour son niveau de sécurité, prérequis nécessaire à la construction de la confiance alors que l’accès au réseau est ouvert à tous et sans obligation d’identité. Dans ce contexte, toute connexion doit être considérée comme potentiellement frauduleuse.

Afin de résoudre ce problème de consommation énergétique mais aussi d’augmenter la rapidité de validation et la capacité en nombre de transactions par seconde possible,, de nouvelles technologies blockchain ont vu le jour (ARKecosystem, TEZOS, Tollar hashnet, Polkadot…). En intégrant l’algorithme de « preuve d’enjeu », la consommation énergétique nécessaire à la validation des transactions est réduite en quasi-totalité tout en assurant une augmentation significative de la capacité de transactions et en gardant un niveau de sécurité élevé.

Sur les réseaux dits publics, les parties n’ont pas besoin de se connaître pour réaliser des transactions. Les algorithmes de consensus sont garants de la confiance et du bon déroulement des transactions. Ces infrastructures et ces réseaux sont particulièrement résilients étant donné leur décentralisation sur des milliers de nœuds interconnectés qui enregistrent et mettent à jour le registre.

B) Les blockchains à permission

Ces réseaux émergent en 2016, forts du constat que certains écosystèmes composés d’acteurs régulés et identifiés pourraient bénéficier d’infrastructures réseaux dédiées permettant une meilleure gestion des flux de données et de leurs partages.

À l’inverse des blockchains sans permission qui offrent une infrastructure réseau clé en main, les technologies blockchains à permission apparaissent sous la forme de briques technologiques (framework) open source, déployables à la demande et dont l’architecture dépendra de l’écosystème et de la problématique sous-jacente.

Elles vont être utilisées dans des cas d’usage où l’anonymat ou, plus précisément, le pseudonymat des intervenants n’est pas envisageable ou souhaité. De la même façon, elles s’imposent dans les contextes où une décentralisation complète de la gouvernance ou l’utilisation d’une cryptomonnaie ou d’un jeton ne sont pas nécessaires. Les participants sont parfaitement identifiés. L’accès et les actions en écriture vont être soumis à autorisation, seule la lecture restant potentiellement libre. La source des données est authentifiée. Elles permettent également de gérer à un niveau de granularité extrêmement fin, la nature des données (publiques, partagées ou privées), de les chiffrer et donc d’assurer moins de transfert de données personnelles et une confidentialité des échanges plus forte entre les acteurs du réseau.

Ce type de blockchain existe le plus souvent dans un cadre régulé ou réglementé, ou pour un consortium d’entreprises en B2B (business to business). Citons par exemple pour la couche 1 : Hyperledger Fabric et Besu de la Linux Foundation, Quorum, Corda, Multichain etc. Les participants vont pouvoir y jouer des rôles différents en fonction de la gouvernance adoptée et la notion de confiance apparaît.

À la différence d’une blockchain sans permission (publique), les parties prenantes sont connues. Leur qualité va jouer un rôle dans la validation d’une transaction : c’est la distinction fondamentale dans cette typologie.

En cohérence avec l’objectif de transparence, toutes les technologies blockchain sont par philosophie open source ; ce qui rapprochent la plupart de leurs promoteurs des mouvements de l’ouverture tels que l’open-governement, open-data, open-science, open-education…

1.2. Comprendre la blockchain d’un point de vue métier

De manière générale, la blockchain contribue, sans nécessité d’un tiers de confiance (c’est-à-dire d’une structure « extérieure » à l’écosystème vérifiant les transactions et empêchant toute sorte de fraude), à lever simultanément trois incertitudes ou difficultés récurrentes du secteur public :

  • Authentification : savoir avec qui l’on traite, c’est-à-dire avec confiance quant à la légitimité de l’intervenant, ce qui inclut les compétences ou les certifications dans le cas d’un prestataire de services au sens large. La réputation pour un tiers devient un élément clé qui bénéficie naturellement avec le temps de
    l’effet « réseau ».
  • Traçabilité : avoir une connaissance certifiée de l’évolution d’un actif dans le temps via une auditabilité, une traçabilité et une certification de la donnée qui le représente dans le monde digital. Cela permet de posséder une correspondance fiable et permanente entre un actif physique (un véhicule, un bien immobilier, etc.) et son jumeau digital.
  • Unicité : supprimer entre les différentes parties prenantes les frictions qui actuellement sont la cause d’échanges multiples de mails, de fichiers de différents formats, de discontinuités dans le traitement des informations voire de litiges. La numérisation des workflows entre les acteurs, la fiabilité des transactions ou des échanges réalisés et la transparence du registre vont faire diminuer drastiquement le nombre de ces écarts et vont garantir, sans besoin d’un tiers de confiance extérieur, la complétude et la qualité des échanges.

Du point de vue des processus « métier », la blockchain représente de facto les prémices d’une évolution profonde du mode de fonctionnement en réseau des organisations au sens large, secteur public inclus, que ce soit entre elles ou avec les acteurs externes.

Bien entendu, d’autres technologies autorisent déjà l’échange d’informations de manière sécurisée mais elles s’appuient sur des processus internes à chaque organisation. La blockchain offre une nouvelle possibilité : une entité a la capacité de « partager » une sous-partie d’un processus de manière transparente et sécurisée avec d’autres parties prenantes de son écosystème tout en gardant la maîtrise totale de ses données propres.

Les technologies blockchain ne doivent donc pas être considérées comme un nouveau support d’envoi et de réception de données, mais bien comme un registre partagé par plusieurs entités. Les blocs d’informations qui composent ce registre contiennent des enregistrements permanents qui dépendent du domaine applicatif.

À titre d’illustrations dans le secteur public, une blockchain a la capacité de créer un enregistrement immuable et décentralisé :

  • des changements d’état durant le cycle de vie d’un document (visualisation par le fonctionnaire de l’évolution du document) ;
  • des étapes que les produits franchissent le long d’une chaîne d’approvisionnement (traçabilité des mouvements douaniers, etc.) ;
  • des transactions financières (suivi des subventions, de flux financiers…).

Et puisque ce registre est dupliqué et distribué en temps réel (ou quasi-réel) à tous ses participants, la blockchain va permettre et faciliter le passage d’une perspective totalement « privée » des processus vers un plus grand partage des données métiers.

Attention : il est important de préciser que, la plupart du temps, le registre partagé entre les parties prenantes ne contient que les attributs de preuve de la donnée et non la donnée elle-même. La donnée reste pour sa part en base de données et, dans ce cas, seule son empreinte numérique est enregistrée dans le registre blockchain.

Cela n’élimine pas pour autant les questions de sécurité et de véracité. En effet, si l’attribut de preuve enregistré sur la blockchain permet la transparence, l’immuabilité et la traçabilité, en cas de perte de la donnée en base, ces attributs de preuve ne permettront pas de la retrouver ou de la reconstruire.

1.3. Les apports de la blockchain dans un environnement de transformation digitale de l’État

La blockchain se pense comme une infrastructure en réseau de type « pair à pair » sur laquelle vont tourner des applications transactionnelles qui peuvent être en mode

  • G2G – Gouvernement à Gouvernement (par exemple entre différentes administrations ou agences publiques nationales et transnationales) ;
  • G2C – Gouvernement à Citoyen (entre une administration et un citoyen) ;
  • C2C – Citoyen à Citoyen (entre citoyens incluant un élément relevant du service public).

Les organismes gouvernementaux sont les intermédiaires essentiels de ces transactions et les garants de leur bon fonctionnement. Les documents qu’ils délivrent ou certifient sont le moyen standard de pouvoir vérifier les informations sur les personnes (cartes d’identité, permis de travail, permis de conduire, etc.) et les biens (origine des conteneurs, sécurité des produits, etc.).

Par rapport aux bases de données centralisées traditionnelles, la blockchain garantit deux spécificités :

  • par construction, l’intégrité et la traçabilité en temps réel des données, pour une collaboration efficace et transparente entre les utilisateurs, sans utilisation d’un tiers de confiance extérieur ;
  • l’auto-exécution de contrats intelligents pour automatiser et sécuriser des processus, avec à la clé des gains en termes d’efficacité et de qualité.

Dans le cas des services publics, cela signifie par exemple que la blockchain peut faciliter les contrôles de l’intégrité et de l’origine des documents officiels sans qu’il soit nécessaire de contacter à chaque fois leur entité émettrice. Dans ce cas, le partage des données peut se faire de manière totalement sécurisée entre portefeuilles numériques.

Puisque les blockchains représentent des systèmes distribués avec une forte automatisation potentielle, elles peuvent être utilisées pour concevoir efficacement des plateformes peu coûteuses, conduisant à des économies significatives dans le traitement des données, tout en augmentant la robustesse du système.

Les solutions mises en place dans des applications distribuées (dApp) doivent être conçues comme toutes applications de façon ergonomique.

Les avantages de la blockchain peuvent se décliner en quatre catégories principales  :

Pour tout type de structure du secteur public, les possibles améliorations opérationnelles des technologies blockchain visent :

  • le coût de vérification des identités ;
  • le coût de vérification de l’origine ou de l’historique ;
  • la réduction de la fraude ;
  • l’audit des événements et des changements d’état ;
  • l’automatisation de certains processus : facturation, paiement, etc. ;
  • la gestion automatique de l’allocation d’actifs non-financiers ;
  • l’accélération des transactions.

1.4. Mon problème métier peut-il être résolu par les technologies blockchain ?

C’est bien entendu le cœur du questionnement pour une administration ou une agence du secteur public. Les technologies blockchain n’échappent en rien aux règles habituelles qui devraient précéder toute introduction potentielle d’une technologie : quelles sont les conditions nécessaires, et non pas simplement suffisantes, pour en justifier l’usage ?

Une blockchain, de manière générale, n’est d’aucune utilité pour résoudre un problème purement interne à une organisation. Son intérêt ne se pose donc que dans le cadre d’interactions externes avec son environnement.

Il est donc important de recourir à une approche holistique en se plaçant au niveau de l’écosystème et de sa dynamique :

  • Quels sont mes partenaires de travail actuels ou potentiels afin de résoudre ce problème ou de répondre à ce besoin
  • Quels sont mes points de frictions sur la chaîne de valeur de ma procédure ? Sont-elles internes à mon organisation ou externes ? Suis-je dépendant de sources de données externes ?
  • Quelle est la macrotrajectoire : périmètre fonctionnel et/ou le nombre de parties prenantes (aujourd’hui, dans un an, dans 3 ans…) ?

À ce premier niveau, un certain nombre de critères doivent être analysés. Sachant que cette liste n’est naturellement pas exhaustive, on peut citer :

  • le nombre d’acteurs impliqués (administrations, agences publiques, délégataires, sociétés privées, destinataires…) ;
  • la volumétrie des échanges et des transactions ;
  • le degré de collaboration et de transparence souhaité ;
  • la fréquence des dysfonctionnements, des ruptures de traitement, des frictions ou des litiges actuels ;
  • le niveau de confidentialité et de sécurité à atteindre ;
  • les bénéfices potentiels pour chacune des parties.

Ainsi, de manière macroscopique, si la réponse à un (ou plusieurs) de ces critères est peu élevée à terme, il est légitime de considérer que le choix d’utiliser la blockchain n’est pas forcément le meilleur. Cela ne signifie pas que des critères suffisamment forts ne puissent pas à eux seuls justifier une analyse complémentaire, mais ils doivent être pondérés dans une vue globale.

En particulier, des bénéfices clairs pour chacun des participants actifs du réseau doivent être à ce stade identifiés. Ceux-ci peuvent être de nature différente pour deux parties prenantes avec, par exemple, une meilleure excellence opérationnelle pour l’une et une meilleure qualité des données pour l’autre. Mais la croissance du réseau qui est la condition sine qua non d’une initiative blockchain ne se réalisera pas sans eux.
Une blockchain ne se construit pas au simple bénéfice d’une partie unique, elle ne se justifiera dans le temps qu’au travers de la conjonction de bénéfices tangibles pour les différents acteurs impliqués dans l’écosystème.

C’est cette caractéristique qui fait que la blockchain peut avoir des apports uniques, mais à la condition d’être pensée dans un environnement pouvant se révéler complexe.

Si le niveau des critères préliminaires apparaît comme suffisamment élevé, et il dépend bien entendu du contexte métier, alors une analyse plus fine des besoins à résoudre pourra être ensuite lancée. Il conviendra de ne pas simplement les confronter aux capacités et aux apports de la technologie elle-même, mais aussi de comprendre en amont quels sont les facteurs clés de succès de la mise en place potentielle d’une blockchain.

1.5. Pourquoi utiliser une blockchain plutôt qu’une autre technologie

Les technologies blockchain sont des technologies récentes qui évoluent constamment, mais qui n’ont pas vocation à se substituer, en tant que telles, à une technologie déjà en exploitation et qui a fait, parfois depuis de très nombreuses années, la preuve de sa robustesse. En comparaison directe, une technologie plus mature (par exemple une base de données centralisée ou distribuée, l’EDI, etc.) va offrir une meilleure maîtrise de la mise en place et des coûts associés (conception, design, développement, mise en production, maintenance, etc.).

Pour faire de la traçabilité dans une chaîne d’approvisionnement, du partage sécurisé d’informations ou encore de la réconciliation de données entre partenaires dans tous les secteurs d’activité, nul n’a attendu la mise en place des couches 1 à 3 des technologies blockchain.

Considérons maintenant, par exemple, le cas fréquent du rapprochement de données transitant d’une organisation à une autre. Il y a potentiellement des différences de format, des incohérences, des problèmes de qualité et de complétude des données, etc. Cette situation est génératrice d’un surcroît de travail parfois très lourd de contrôles manuels voire de ressaisies n’apportant aucune valeur ajoutée au destinataire.

La question que l’on peut alors se poser semble naturelle : pourquoi les autres technologies et outils existants n’ont pas permis de résoudre certains de ces problèmes ?

Les considérations à prendre en compte ici sont loin d’être stricto sensu techniques.

On peut citer :

  • Qui est le propriétaire de la donnée à un instant spécifique du processus ?
  • Quelles sont les limites de responsabilité de chacun ?
  • Quel est le niveau de confiance entre les acteurs ?
  • Existe-t-il le besoin d’une intermédiation ou pas ?

Une autre technologie ou la combinaison d’autres technologies pourrait (ou aurait pu), dans de nombreux cas de figure, répondre aux besoins fonctionnels, mais ce sont les conditions relatives à l’écosystème ou à la gouvernance qui peuvent ici favoriser le choix d’une technologie blockchain. C’était techniquement possible mais de facto irréalisable opérationnellement parlant.

C’est pourquoi, dans les réalisations opérationnelles du marché, la grande majorité des usages de la blockchain offre non pas une substitution « améliorée » à une fonction existante mais bien plutôt un complément ou un nouveau service à valeur ajoutée qui ne pouvait pas être proposé auparavant de manière réaliste sans cette technologie.

Certaines réussites tout à fait significatives, comme TradeLens3 , un registre permettant la traçabilité des containers dans le transport maritime mondial, passent d’ailleurs par la « simple » numérisation d’un document « papier ».
Leurs versions numériques circulent entre un nombre significatif de structures (publiques et privées) et nécessitent la transformation digitale de l’ensemble des processus associés.

1.6. En quoi la blockchain peut-elle faciliter la collaboration entre administrations ?

Pour éviter, dans le cadre du secteur public, le travers de nombreux projets
préliminaires (PoC : Proof-of-Concept) blockchain lancés ces dernières années dans tous les secteurs, il semble important de mener une double investigation préalable à un début de projet :

  1. S’assurer que la technologie est capable de répondre aux exigences nécessaires à l’application (volumétrie, performance, sécurité, respect de la conformité…) en production réelle.
  2. Comprendre en quoi l’une (a minima) des propriétés spécifiques de la blockchain (consensus, immutabilité, irrévocabilité, provenance) est réellement nécessaire au processus.

En vérifiant seulement le premier point, on est conduit à un projet peut-être techniquement réalisable, mais où l’utilisation d’une blockchain en tant qu’apport métier ne se justifie pas. Comme vu précédemment, pourquoi faire dans ces conditions le choix de cette technologie plutôt que celui d’une autre plus mature et mieux maîtrisée ?

En se focalisant sur le second point, on arrive à un projet qui, au-delà du pilote, va se révéler tout simplement impossible à mettre à l’échelle ou en production ; ceci pour des raisons de gouvernance, de coût, de complexité technique ou de conformité. Un nombre très significatif de projets préliminaires blockchain se retrouvent dans ce cas de figure.

Respecter cette approche duale doit permettre de s’assurer que le projet envisagé a la capacité de fournir de façon opérationnelle un ou plusieurs avantages tangibles de la blockchain pour le secteur public par rapport à d’autres solutions technologiques entre administrations, nationales, européennes ou internationales :

  • Supprimer les tâches redondantes de vérification de données et de duplication des processus grâce aux partages d’une source commune validée et acceptée comme telle par l’ensemble des parties.
  • Fournir une transparence et une confiance puisqu’il n’y a pas de propriétaire « unique » des données du registre partagé.
  • Identifier et quantifier plus facilement les bénéfices pour chacune des parties puisque l’intérêt commun et le service de l’usager constituent la valeur cardinale et partagée par les acteurs.
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